DOM TOM, DROM et DPE : tout savoir sur le diagnostic énergétique dans les territoires ultra marins

UNI-MÉDIAS

Publié le : 01/09/2023

7 min de lecture

Longtemps restés à l’écart du dispositif métropolitain, les Départements et Régions d’Outre-Mer (DROM) sont entrés à leur tour dans l’ère du diagnostic de performance énergétique opposable (souvent appelé nouveau dpe). Depuis le 1er juillet 2024, le DPE est ainsi devenu obligatoire à la vente comme à la location dans l’ensemble des territoires ultramarins. Une évolution majeure, portée par la loi Climat et Résilience, qui impose un cadre commun tout en tenant compte des spécificités climatiques, constructives et sociales propres à chaque territoire. Décryptage d’une réforme structurante pour les logements, les propriétaires et les copropriétés.

En métropole, le diagnostic de performance énergétique fait partie intégrante du paysage immobilier depuis près de vingt ans. Introduit en 2006 pour la vente et en 2007 pour la location, il est progressivement devenu un outil central de régulation du marché du logement, avant d’être rendu juridiquement opposable en 2021. Dans les DROM, la situation était jusqu’ici beaucoup plus contrastée. Certains territoires avaient anticipé la mise en place de diagnostics adaptés, tandis que d’autres restaient totalement en dehors du dispositif.

Avec la loi Climat et Résilience d’août 2021, le législateur a acté l’extension du DPE à l’ensemble des territoires ultramarins. Depuis le 1er juillet 2024, le diagnostic de performance énergétique est devenu obligatoire dans tous les DROM, qu’il s’agisse de la Guadeloupe, de la Martinique, de la Guyane, de La Réunion ou de Mayotte. Une évolution qui aligne progressivement les règles applicables outre-mer sur celles en vigueur en métropole, tout en les adaptant aux réalités locales.

Rappel : énergie et climat, les deux étiquettes du DPE

Le diagnostic de performance énergétique s’appuie sur deux indicateurs complémentaires, désormais bien identifiés par le public.

L’étiquette énergie renseigne sur le niveau de consommation du logement. Calculée en kWhEP/m².an, elle classe le bien de A, pour les logements les plus économes, à G pour les plus énergivores, souvent qualifiés de passoires thermiques.

L’étiquette climat évalue, quant à elle, l’impact environnemental du bâtiment. Exprimée en kg équivalent CO₂ par mètre carré et par an, elle mesure les émissions de gaz à effet de serre selon la même échelle de A à G.

Combinées, ces deux étiquettes offrent une lecture synthétique de la performance énergétique et de l’empreinte carbone d’un bien immobilier.

Au-delà du classement, le DPE intègre des recommandations destinées à guider propriétaires, acquéreurs et bailleurs vers des actions susceptibles de réduire la consommation énergétique du logement. Elles peuvent concerner les usages, l’amélioration des équipements ou des travaux ciblés, notamment lorsque l’isolation ou la ventilation est insuffisante.

Ces préconisations n’ont toutefois pas de caractère obligatoire. Le DPE s’inscrit dans une démarche incitative, visant à accompagner la transition énergétique du parc immobilier. Depuis le 1er janvier 2023, l’affichage des consommations d’énergie primaire et finale en première page renforce encore la lisibilité de ce diagnostic.

Diagnostic immobilier dom : Guadeloupe et Martinique, des dispositifs pionniers

Avant cette réforme, la Guadeloupe et la Martinique faisaient figure d’exception. Dès le milieu des années 2010, ces territoires s’étaient dotés de diagnostics spécifiques : le DPE-G et le DPE-M. Inspirés du modèle métropolitain, ces outils ont toutefois fait l’objet d’un important travail d’adaptation afin de prendre en compte le climat tropical et les caractéristiques propres aux logements antillais.

Dans ces territoires, les besoins en chauffage sont quasi inexistants, tandis que la climatisation et la production d’eau chaude sanitaire représentent les principaux postes de consommation. Les diagnostics intégraient donc des indicateurs spécifiques, permettant d’évaluer l’efficacité des systèmes de rafraîchissement et la conception bioclimatique des bâtiments. Applicables aussi bien dans le neuf que dans l’ancien, ces DPE locaux ont permis de sensibiliser progressivement les propriétaires et les acquéreurs aux enjeux énergétiques.

Une absence totale de DPE dans d’autres territoires

À l’inverse, en Guyane, à La Réunion ou à Mayotte, aucun DPE n’avait été rendu obligatoire jusqu’à présent. Cette absence de cadre posait plusieurs difficultés. D’abord, elle limitait la transparence du marché immobilier, privant les acquéreurs et les locataires d’une information à la fois sommaire et essentielle sur la performance énergétique des logements. D’autre part, elle compliquait la mise en œuvre de politiques publiques cohérentes et autres démarches en matière de rénovation énergétique.

Dans ces territoires, les logements présentent pourtant des enjeux spécifiques : forte exposition à la chaleur, humidité élevée, bâti parfois ancien ou informel, et recours massif à la climatisation. Autant de facteurs qui rendent la question énergétique particulièrement sensible, tant sur le plan économique que sanitaire.

Un DPE obligatoire à la vente et à la location

Depuis le 1er juillet 2024, le DPE est devenu un passage obligé dans l’ensemble des DROM. Comme en métropole, il doit être réalisé lors de toute mise en vente ou en location d’un logement, qu’il soit neuf ou ancien. Le diagnostic doit ensuite être annexé au contrat de vente ou au bail, au sein du dossier de diagnostics immobiliers remis à l’acquéreur ou au locataire.

Cette obligation marque une étape clé dans la structuration du marché immobilier ultramarin. L’étiquette énergétique du logement devient un critère de choix à part entière, au même titre que la surface, la localisation ou le prix. Elle permet d’anticiper le niveau de consommation énergétique, mais aussi le confort thermique du bien, un enjeu central dans les territoires soumis à de fortes chaleurs.

Bon à savoir !

Passoires thermiques : de quoi parle-t-on exactement ?

On qualifie de passoires thermiques les habitations dont la performance énergétique est particulièrement faible. Il s’agit des logements classés F ou G sur l’étiquette énergie, c’est-à-dire ceux dont la consommation et les pertes de chaleur sont les plus élevées. Ces biens se distinguent par des factures énergétiques importantes et un confort thermique souvent dégradé, été comme hiver.

L’identification d’une passoire thermique repose sur le diagnostic de performance énergétique, qui prend la forme d’une attestation officielle remise lors de la vente ou de la location. Ce rapport fournit une estimation standardisée des consommations d’énergie du logement et de son impact environnemental. Pour les acheteurs, l’étiquette énergie constitue désormais un critère déterminant, au même titre que la surface ou l’emplacement de l’habitation.

Face au durcissement de la réglementation, les logements classés comme passoires thermiques sont au cœur des politiques publiques de rénovation énergétique. Leur repérage via le DPE vise à informer, mais aussi à inciter à engager des travaux pour améliorer durablement la performance du parc immobilier.

Recourir à un diagnostiqueur agréé : une exigence réglementaire

La réalisation d’un diagnostic de performance énergétique ne peut être confiée qu’à un professionnel disposant d’une certification en cours de validité. Délivrée par des organismes accrédités comme le COFRAC ou Certibiocert, cette certification atteste à la fois du savoir-faire technique du diagnostiqueur et de son indépendance vis-à-vis des acteurs de la transaction immobilière. Son intervention s’inscrit dans un cadre réglementaire précis, garant de la fiabilité et de la neutralité du diagnostic.

Solliciter un intervenant non habilité expose le propriétaire à des sanctions financières et fragilise la validité du dossier de diagnostics. Pour sécuriser une vente ou une mise en location et prévenir tout litige ultérieur, le recours à un diagnostiqueur certifié constitue donc une étape incontournable.

Une méthode adaptée aux réalités ultramarines

Conscient des spécificités locales, le ministère de la Transition écologique a engagé dès 2023 un travail d’élaboration méthodologique spécifique. L’objectif est de disposer d’un DPE harmonisé, mais suffisamment souple pour intégrer les réalités climatiques et constructives propres à chaque territoire.

Contrairement à la métropole, où le chauffage constitue le principal poste de consommation, le DPE ultramarin devra accorder une place centrale au rafraîchissement, à la ventilation naturelle, à l’orientation des bâtiments et à la qualité de l’enveloppe. Les systèmes constructifs traditionnels, souvent mieux adaptés au climat, devront également être pris en compte.

Le diagnostic reposera néanmoins sur une classification énergétique allant de A à G, afin de garantir une lisibilité commune et une comparabilité nationale.

Un DPE juridiquement opposable

Autre évolution majeure : le DPE est désormais opposable dans les DROM, au même titre qu’en métropole. Cela signifie que les informations qu’il contient engagent juridiquement les propriétaires, mais aussi les professionnels impliqués dans la transaction, comme les agents immobiliers, les notaires ou les syndics de copropriétés.

En cas d’erreur manifeste ou d’informations inexactes, un locataire ou un acquéreur pourra engager la responsabilité du vendeur ou du bailleur. Seules les recommandations de travaux conserveront un caractère indicatif et ne pourront pas être juridiquement opposées.

Cette opposabilité renforce considérablement le poids du DPE dans les transactions immobilières et impose une vigilance accrue dans sa réalisation.

Vers un durcissement progressif des contraintes

Comme en métropole, le DPE ultramarin ne se limite pas à un simple outil d’information. Il constitue le socle de nombreuses mesures réglementaires destinées à accélérer la rénovation énergétique des logements. Progressivement, des contraintes similaires à celles appliquées en métropole ont vocation à s’étendre aux DROM.

Parmi elles figurent le gel des loyers pour les logements les plus énergivores, l’obligation de réaliser un audit énergétique lors de certaines ventes, ou encore l’interdiction de louer des logements dont la performance énergétique est jugée insuffisante. Ces mesures visent à inciter, voire contraindre, les propriétaires à engager des travaux de rénovation.

L’audit énergétique, complément indispensable du DPE

Dans ce contexte, l’audit énergétique occupe une place centrale. Plus détaillé que le DPE, il permet d’analyser finement les caractéristiques du logement et de définir plusieurs scénarios de travaux, hiérarchisés et chiffrés. Pour les propriétaires de logements énergivores, l’audit énergétique devient un outil stratégique, permettant d’anticiper les obligations futures et de planifier une rénovation cohérente.

Dans les DROM, l’audit devra notamment s’attacher à améliorer le confort d’été, à limiter le recours à la climatisation et à réduire les consommations électriques, souvent élevées.

Le DPE collectif s’étend aux copropriétés

La réforme ne concerne pas uniquement les logements individuels. Le DPE collectif devient également obligatoire pour les immeubles en copropriété dans les DROM. Même en cas d’usage mixte, lorsque des locaux tertiaires occupent une partie de l’immeuble, le diagnostic devra être réalisé.

Ce DPE collectif deviendra obligatoire à partir du 1er janvier 2028 pour les immeubles dont le permis de construire a été déposé avant le 1er janvier 2013. Le législateur a volontairement accordé un délai supplémentaire afin de permettre aux copropriétés de se préparer et aux méthodes d’être pleinement opérationnelles.

L’objectif est d’évaluer la performance énergétique globale de l’immeuble, d’identifier les travaux prioritaires et d’inciter les copropriétaires à engager des rénovations à l’échelle du bâtiment. La validité du DPE collectif est fixée à dix ans, sauf si l’immeuble atteint une classe énergétique performante.

Une réforme structurante pour le logement ultramarin

En rendant le DPE obligatoire et opposable dans les DROM, la loi Climat et Résilience ouvre un nouveau chapitre pour le logement ultramarin. Transparence accrue, responsabilisation des propriétaires, incitation à la rénovation énergétique : les enjeux sont multiples. Si la réforme soulève des défis techniques et économiques, elle constitue aussi une opportunité majeure pour améliorer durablement le confort des logements et réduire leur impact environnemental, même dans les territoires les plus exposés aux contraintes climatiques.

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Vous avez des questions ?

    Quel est le tarif d’un diagnostic énergétique (DPE) ?

    Le prix d’un diagnostic de performance énergétique n’est pas réglementé : chaque diagnostiqueur fixe librement ses tarifs. D’après les données de la source fournie, le prix moyen d’un DPE en France se situe entre 100 € et 250 € pour un logement individuel standard (ADEME). 

     

    Les écarts peuvent être importants selon la région, la surface et la complexité du bien : 

    • Certains professionnels proposent des tarifs à partir de 90 €, 
    • D’autres, notamment en zones tendues, peuvent facturer jusqu’à 300 € ou plus. 

     

    Quelques repères de prix : 

    • Petit appartement (< 30 m²) : 80 à 100 € ; 
    • Appartement 3 pièces (60–90 m²) : environ 180 € ; 
    • Maison (90–120 m²) : autour de 200 € ; 
    • DPE collectif : 1 000 à 5 000 €. 

     

    Le tarif est influencé par la surface, le type de logement, la localisation, la complexité des installations, l’ancienneté du bâtiment ou encore la réputation du diagnostiqueur. 

     

    Il est recommandé de demander plusieurs devis et de privilégier un diagnostiqueur certifié, la qualité de la prestation étant essentielle depuis que le DPE est opposable (réforme 2021). 

     

    Attention : faire appel à un professionnel non certifié peut entraîner une amende de 1 500 €, et jusqu’à 3 000 € en cas de récidive. 

    Quelle est la différence entre un DPE et un audit énergétique ?

    Le diagnostic de performance énergétique (DPE) et l'audit énergétique sont deux dispositifs à la fois différents et complémentaires. Le DPE a pour objectif de vous indiquer la consommation énergétique de votre logement, exprimée en kWhEP/m².an. La note va de A pour les logements économes à G pour les logements les plus gourmands en énergie. Il permet aussi de connaître la quantité de gaz à effet de serre émise par votre logement. Le calcul est exprimé en kg eq CO2/m2.an. Les performances de ces émissions vont de A à G, selon que le logement rejette une quantité faible ou importante de gaz à effet de serre. Réalisé par un diagnostiqueur certifié et accrédité par le COFRAC (Comité Français d’Accréditation), un DPE coûte entre 100 et 250 € (voire plus selon la taille du logement). 

     
    L'audit énergétique va plus loin que le DPE : il permet de définir un plan d’action détaillé et chiffré des travaux de rénovation à réaliser afin d’améliorer les performances énergétiques de votre logement. L’audit énergétique est réalisé par des techniciens issus du Bureau d’études thermiques (BET). Il coûte entre 500 et 1 000 €, en fonction de votre région ou de la date de construction de votre logement. Notez que ce prix pourra être plus élevé selon la taille du logement.