Face à l'intensification des vagues de chaleur, le gouvernement français envisage une réforme majeure du Diagnostic de Performance Énergétique (DPE) visant à intégrer de manière significative le confort d'été dans l'évaluation énergétique d'un bâtiment. Objectif : mieux refléter sa performance en période estivale.
Selon Météo-France, ces dix dernières années, la France a connu trois fois plus de vagues de chaleur que sur toute la seconde moitié du XXe siècle(1). Un constat alarmant qui ne devrait pas aller en s’arrangeant : alors que l’Hexagone connaissait en moyenne 1,7 jour de vagues de chaleur par an avant 1989, il en a subi 9,4 sur la dernière décennie… Et pourrait en connaître jusqu'à 10 fois plus d’ici à 2100 ! Des pics non seulement susceptibles d’atteindre 50 °C localement, mais aussi plus longs, avec une période d’occurrence étendue de la fin mai au début du mois d’octobre…
Face à cette réalité, le gouvernement, via différentes mesures et autres textes de loi, tente de s’adapter avec la rénovation du parc immobilier en tête de proue. Et si les travaux de rénovation énergétique, outre les économies qu’ils engendrent, ont longtemps été mis en avant pour améliorer le confort des logements en hiver (et plus particulièrement celui des logements classés E ou F), la notion de confort d’été, longtemps négligée, devient aujourd’hui une préoccupation centrale. Notamment parce que mal adaptés, les habitats peuvent devenir de véritables bouilloires thermiques lors de périodes de fortes chaleurs, mettant en danger la santé des occupants, notamment celle des personnes âgées et vulnérables.
Un DPE qui sous-estime le problème de la chaleur
La réglementation RE2020, concerne les bâtiments neufs depuis le 1er janvier 2022. Elle introduit notamment des indicateurs liés au confort d’été, qui inspirent aujourd’hui les réflexions sur l’évolution du DPE pour les logements existants. Elle classe le niveau d'isolation à la chaleur d'une maison ou d’un appartement en trois niveaux – « bon », « moyen » ou « insuffisant » – en fonction de plusieurs critères comme la présence de protections solaires extérieures, l'isolation de la toiture, l'inertie du logement et son caractère traversant ou encore la présence ou non d’équipements spécifiques (brasseurs d'air, climatisation, etc.). Sauf que pour beaucoup de spécialistes du secteur, cet indicateur reste trop simpliste et ne répond pas pleinement aux enjeux de la multiplication des pics de chaleur. Ennuyeux lorsque l’on sait que 55 % des Français déclarent avoir trop chaud chez eux dès que les températures grimpent à l'extérieur(2).
Indicateur de confort : quels sont les facteurs influant sur le confort d'été ?
Les études réalisées sur le confort d’été montrent que les paramètres ayant le plus d’impact pour la gestion du confort d’été sont :
La surventilation nocturne qui, lorsque la température extérieure est inférieure à la température intérieure, permet d'évacuer la chaleur accumulée la journée ;
Un isolant performant permettant de limiter l'augmentation de la température intérieure. Pour information, plus la résistance thermique installée est importante (toiture isolée, murs isolés, etc.), plus la protection sera efficace ;
La protection solaire des vitrages : protégées du rayonnement solaire, les surfaces vitrées éviteront que les rayons du soleil ne réchauffent l'air intérieur. L’ajout de volets ou de menuiseries spécifiques est une option ;
La classe d’inertie du bâtiment. Un bâtiment à forte inertie thermique (classe A ou B généralement) emmagasine la chaleur pendant la journée et la restitue lentement la nuit. Cela aide à limiter les pics de chaleur en journée, et donc à améliorer le confort d’été ;
Les apports internes de chaleur. Utiliser un four, un lave-linge, un sèche-linge, un ordinateur, ou encore une TV à l’intérieur d’un logement en été n’est évidemment pas sans incidence sur la température intérieure dudit logement…

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Vers une refonte du DPE ?
Face aux limites du diagnostic de performance énergétique (DPE), notamment sur la prise en compte du confort d’été, les pouvoirs publics ont bien engagé une réflexion ces dernières années. Plusieurs pistes ont été évoquées, dont l’intégration plus poussée de la surchauffe estivale dans l’évaluation des logements.
En 2026, toutefois, aucune réforme majeure n’a encore été adoptée. L’idée d’intégrer pleinement le confort d’été dans le calcul du DPE reste à l’étude, mais elle n’a pas encore donné lieu à une évolution réglementaire concrète. Le DPE continue donc de reposer principalement sur les consommations énergétiques liées au chauffage et aux émissions de gaz à effet de serre, avec un indicateur d’été toujours secondaire.
Du côté des pouvoirs publics, la volonté d’améliorer l’outil est confirmée, notamment pour mieux refléter les enjeux liés aux vagues de chaleur de plus en plus fréquentes. Plusieurs scénarios sont envisagés, comme un indicateur plus précis, une meilleure visibilité dans les résultats du diagnostic, voire une intégration à terme dans la note globale.
À ce stade, ces évolutions restent toutefois au stade de travaux techniques et de concertation, sans calendrier officiel contraignant. Une réforme plus structurante du DPE, intégrant réellement le confort d’été, est évoquée à horizon 2027–2028.
Nouveau DPE : un impact certain pour les propriétaires et les locataires
Une certitude : l'intégration du confort d'été dans le DPE pourrait avoir des conséquences significatives :
Pour les propriétaires : les recommandations de travaux fournies par un diagnostiqueur certifié pourraient désormais inclure des solutions visant à améliorer le confort lors de fortes chaleurs, telles que l'installation de protections solaires, l'amélioration de la ventilation naturelle ou l'isolation thermique adaptée.
Pour les locataires : le DPE deviendra un outil plus complet pour évaluer la qualité d'un logement, en prenant en compte non seulement sa performance énergétique hivernale, mais aussi sa capacité à offrir un confort thermique en été.
Plus globalement, en intégrant le confort d'été, le DPE deviendra un outil plus pertinent pour orienter les politiques de rénovation énergétique et répondre aux enjeux du changement climatique. Il permettra également de sensibiliser les acteurs du secteur immobilier à l'importance de concevoir et de rénover des logements adaptés aux conditions climatiques futures, en favorisant des solutions passives et durables pour assurer le confort des occupants tout au long de l'année.
Diagnostic de performance énergétique






