Alors que la lutte contre les passoires thermiques est l’une des principales préoccupations du gouvernement, la garantie décennale s’impose plus que jamais dans cette situation comme un pilier de confiance entre artisans et particuliers. Obligatoire pour les entreprises du bâtiment, elle protège les ménages pendant dix ans contre les dommages et autres vices. Explications.
En France, impossible d’imaginer un chantier sans en entendre parler. Elle se glisse dans les devis, s’invite dans les contrats, rassure les particuliers comme les assureurs… En bref, elle est un rouage essentiel dans le secteur du bâtiment. Son nom : la garantie décennale. Son rôle : couvrir pendant une période de 10 ans les éventuels dommages et autres vices survenus après la réception des travaux par le maître d'ouvrage (la personne propriétaire du terrain à bâtir ou du logement faisant l’objet des travaux). Une période qui démarre dès le lendemain de la signature de ladite réception des travaux. Surtout, c’est une assurance obligatoire pour les artisans, longtemps méconnue du grand public… Mais qui, à l’heure où la rénovation énergétique occupe une place centrale dans le quotidien des particuliers et des politiques publiques, est plus que jamais au centre de toutes les attentions.
Et pour cause : les travaux visant à améliorer la performance énergétique d’un logement – qu’il s’agisse de l’isolation des murs par l’intérieur ou l’extérieur, du changement d’un système de chauffage, ou encore de l’installation d’une pompe à chaleur – nécessitent souvent la maîtrise de techniques complexes, parfois nouvelles, exigeant rigueur et savoir-faire. Dans ce contexte, la décennale n’est plus seulement une protection juridique, mais une garantie de qualité, un vecteur de confiance et un outil essentiel pour accompagner la transition énergétique des bâtiments.
Un cadre réglementaire pensé pour protéger durablement les ménages
Selon la loi française, la garantie décennale, prévue par les articles 1792 et suivants du Code civil(1) , impose au professionnel de répondre, pendant dix ans, des dommages compromettant la solidité d’un ouvrage ou le rendant impropre à sa destination. Historiquement créée pour sécuriser les constructions neuves, elle s’est naturellement étendue aux travaux de rénovation énergétique, en particulier ceux qui modifient l’enveloppe d’un logement.
En effet, lorsque l’on parle de rénovation énergétique, la garantie décennale prend une dimension particulière. Pourquoi ? Parce que dès lors que sont entrepris des travaux d’isolation thermique par l’extérieur (ITE), des rénovations de toitures, des changements de menuiseries, des aménagements de combles, ou encore des installations d’équipements nouveaux (comme celles de pompes à chaleur), chacune de ces opérations, souvent techniques, touche à la structure même du logement et/ou à son étanchéité. Deux critères essentiels à la performance énergétique d’un bien immobilier.
Rénovation énergétique : pourquoi la décennale est plus cruciale que jamais
S’il y a dix ans encore, l’immense majorité des chantiers engagés par les artisans du bâtiment portaient sur la modernisation d’un intérieur ou la réparation d’un élément visible, aujourd’hui, leurs carnets de commandes sont noircis de projets de rénovations énergétiques : selon les derniers chiffres publiés par l’ANAH, 19 935(2) demandes ont ainsi été enregistrées sur le seul troisième trimestre 2025. Ce qui, sur l’année, porte à près de 115 000 rénovations d’ampleur engagées. À titre de comparaison, 141 000 dossiers avaient été déposés sur l’ensemble de l’année 2024.
Mais comparées à la modernisation d’un intérieur ou à la réparation d’un élément visible, les rénovations énergétiques sont bien plus complexes : elles transforment le comportement thermique des bâtiments, réorganisent leurs flux d’air, changent la manière de les chauffer et, parfois même, la nature de leur enveloppe.
Autrement dit, chaque intervention peut potentiellement créer – ou prévenir – de graves désordres.
Isolation extérieure : l’exemple typique du risque décennal
Sur le terrain, les experts le répètent sans relâche : l’isolation thermique par l’extérieur, star de la lutte contre les passoires énergétiques, doit être réalisée par un entrepreneur compétent. Un défaut de collage, une bâche mal posée, une fixation insuffisante… Et c’est un mur qui voit apparaître des fissures, un bardage qui se décolle ou une infiltration qui corrode la structure.
Autant de désordres qui peuvent coûter des dizaines de milliers d’euros et qui justifient pleinement l’application de la garantie décennale. Sans elle, les particuliers se retrouveraient seuls face à de lourdes dépenses non prévues.
Pompes à chaleur et autres systèmes de chauffage performants : des installations sensibles
Autre zone de vigilance : les pompes à chaleur, devenues incontournables depuis la montée en puissance des aides publiques. Ici, le risque n’est pas seulement mécanique : une PAC mal dimensionnée, mal posée ou mal raccordée peut provoquer des surconsommations, des pannes répétées, une détérioration anticipée du compresseur, et parfois même une fragilisation de certains éléments du bâtiment (due à d’éventuelles fuites ou autres vibrations…).
Or, la garantie décennale couvre les dommages résultant d’une mauvaise installation dès lors qu’ils compromettent l’usage du bâtiment. Dans une rénovation énergétique, cela signifie que l’efficacité thermique du logement fait partie intégrante de la notion « d’ouvrage impropre à sa destination ».

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Toitures et combles : le nerf de la « guerre » énergétique
Isoler la toiture d’une maison est l’un des premiers gestes énergétiques réalisés par un constructeur dans le cadre d’une rénovation globale. Sauf qu’une mauvaise isolation de combles aménagés peut être lourde de conséquences : condensation interne, moisissures, affaissement, infiltrations…
Ici encore, la décennale prend tout son sens puisqu’elle est la frontière entre un chantier réussi et un litige potentiellement ruineux.
Pourquoi la garantie décennale crée un cercle vertueux pour la transition énergétique ?
La rénovation énergétique n’est pas seulement un enjeu individuel : c’est un chantier national. Et lorsque des millions de ménages s’engagent simultanément dans des travaux complexes, la garantie décennale devient une protection systémique.
D’abord, elle professionnalise le secteur : pour pouvoir souscrire une assurance décennale, un artisan doit justifier de ses compétences, prouver son expérience et ses certifications, fournir des devis structurés et se conformer aux normes techniques en vigueur.
Surtout, les assureurs refusent les dossiers incomplets ou les profils mal formés. La décennale agit donc comme un filtre « qualité » indispensable dans un marché où le recours massif aux aides publiques a attiré de nouveaux entrants, parfois peu qualifiés.
Ensuite, la garantie décennale sécurise les ménages et, in fine, les encourage à entreprendre des travaux qui coûtent cher. L’isolation extérieure d’un logement peut en effet dépasser 20 000 €, une pompe à chaleur coûte environ 12 000 € (sans la pose) … Résultat : une rénovation globale peut atteindre 40 000 €… Voire plus. Pour beaucoup de particuliers, savoir que l’entreprise à laquelle ils ont fait appel est engagée pendant dix ans n’est pas un détail : c’est le dernier levier qui vient déverrouiller la décision de se lancer… Et donc d’investir.
La garantie décennale protège également les aides publiques : MaPrimeRénov’, les CEE ou les aides locales représentent des milliards d’euros. Or, une installation mal réalisée, non conforme ou défaillante met en danger l’efficacité réelle de ces programmes de soutien financier. La garantie décennale, en responsabilisant les entreprises, contribue à garantir que l’argent public servira réellement à améliorer durablement les logements.
Enfin la garantie décennale favorise la rénovation globale plutôt que les « petits gestes ». Avec la multiplication des audits énergétiques et des parcours accompagnés, la tendance va clairement vers les rénovations globales performantes. Or, la coordination des corps de métier (autrement dit, la bonne entente entre les différents artisans mobilisés sur un même chantier) augmente mécaniquement le risque de désordre structurel. La garantie décennale devient alors un fil conducteur indispensable pour sécuriser l’ensemble du projet et pour garantir son efficacité énergétique réelle une fois terminé.
Garantie décennale et rénovation énergétique : ce qu’elle couvre… Et ce qu’elle ne couvre pas
L’un des paradoxes de la garantie décennale est qu’elle couvre les désordres les plus graves, mais pas les défauts esthétiques ni autres petites malfaçons sans impact structurel sur le logement.
Concrètement, elle s’applique lorsque les travaux entraînent :
- Un risque pour la solidité du bâtiment ;
- Une altération majeure de son usage normal ;
- Une étanchéité compromise ;
- Un défaut énergétique qui rend le logement impropre à l’usage prévu (ex. isolation qui provoque de la condensation généralisée).
En revanche, elle ne couvre pas :
- Une finition jugée insatisfaisante par le maître d’ouvrage ;
- Une performance moins élevée que celle espérée si le logement reste utilisable ;
- Un équipement défaillant qui peut être simplement réparé ou remplacé sans toucher à l’ouvrage.
Cette distinction est souvent mal comprise par les particuliers, d’où l’importance d’un devis clair et d’un accompagnement par des professionnels.
Le rôle clé des assureurs dans la rénovation énergétique
Face à l’essor massif des chantiers de rénovations énergétiques, les assureurs sont devenus des acteurs stratégiques. À tel point que certains ont même développé d’autres garanties (autrement dit, des polices spécifiques) pour les rénovations globales, intégrant les innovations technologiques (PAC hybrides, ventilation intelligente, matériaux biosourcés, etc.).
Le corollaire, cependant, est une exigence accrue en matière de compétences. Certaines assurances refusent ainsi d’assurer des entreprises ne disposant pas des certifications RGE adaptées ou dont le volume de chantiers ne correspond pas aux moyens humains déclarés.
En clair, le marché se structure autour d’une règle simple : pas de rénovation énergétique de qualité sans une décennale bien calibrée.
Garantie décennale : un enjeu d’image pour le secteur du bâtiment
Au-delà de son rôle juridique, la garantie décennale a un effet psychologique déterminant : elle contribue à restaurer la confiance entre artisans et ménages, mise à mal par des années de démarchage agressif, de fraudes aux aides et de « chantier express » sans véritables suivis.
Dans les rénovations énergétiques, où l’enjeu climatique se mêle à l’intime (le confort du logement), cette confiance n’est pas accessoire. Elle conditionne l'adhésion des Français à la transition énergétique, mais aussi leur volonté de mobiliser leurs économies ou de s’endetter.
Pour les entreprises du bâtiment, la garantie décennale, bien qu’obligatoire, devient un argument commercial : elle valorise la compétence, rassure les particuliers et renforce l’image d’un secteur qui se modernise.
Vers une garantie décennale encore plus exigeante ?
Longtemps perçue comme un simple garde-fou juridique, la garantie décennale est devenue, dans le contexte de la transition énergétique, un rouage essentiel. Elle protège les ménages, crédibilise les entreprises, sécurise les investissements publics et garantit que la rénovation énergétique — axe majeur de la stratégie climatique française — repose sur une base solide.
Dans les années à venir, alors que les obligations réglementaires se multiplieront et que les logements classés F et G nécessiteront une rénovation massive, la décennale sera sans doute l’un des meilleurs alliés d’une transition énergétique ambitieuse, qualitative et durable. Sans compter que certains acteurs du secteur plaident déjà pour une évolution du dispositif. Face à l’arrivée de matériaux innovants (panneaux isolants biosourcés, systèmes hybrides, solutions photovoltaïques intégrées, etc.), l’idée d’un renforcement des obligations de formation fait son chemin.
De son côté, l’État réfléchit également à mieux articuler la garantie décennale, mais aussi les exigences des labels RGE et les contrôles liés aux aides publiques. Avec un leitmotiv : faire de la garantie décennale non pas une contrainte administrative, mais un pilier de la qualité énergétique.
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